trier, cela vous satisfait ?

Trier, trier, trier. Les médias n’ont plus que ce mot à la bouche. Et les trieurs affirment fièrement leurs « bonnes actions » d’avoir bien mis les emballages en carton et les emballages en plastique dans les poubelles jaunes, le verre dans les conteneurs verts (à Colombes). Et cela trie si bien que, dans la résidence où j’habite, les poubelles jaunes et vertes débordent.

Trier libère notre conscience qui pouvait culpabiliser de consommer trop de plastiques, de papier, de verre, de métal… On ne culpabilise plus, puisqu’on fait notre B.A., croit-on, en mettant tous ces déchets dans la « bonne » poubelle.

Peu de trieurs savent que tous les plastiques qu’ils mettent dans la poubelle ne seront pas recyclés pour des raisons technologiques. De plus, un plastique déjà recyclé n’est pas forcément recyclable. De même, le verre n’est pas recyclable à l’infini, aujourd’hui. Donc il n’y a pas d’utilité à mettre ceux-ci dans la poubelle jaune. (Attention, je ne dis pas qu’il ne faut pas trier.)

Cette déculpabilisation générée par le tri crée un réel problème vis à vis de notre consommation. Mettre dans la poubelle jaune, c’est se cacher la vérité, à savoir que le tri est inutile, si nous continuons à acheter des produits suremballés et en nombre encore plus important, au prétexte qu’il y a la poubelle jaune pour y mettre ce qui nous gêne.

Le tri est également inutile si nous continuons à acheter des produits dont on peut se passer.

J’en ai marre de voir les poubelles jaunes de l’immeuble où je vis déborder, alors que cela ne fait que quatre jours qu’elles ont été vidées et qu’il reste encore trois jours avant le prochain passage des éboueurs. Non, je ne veux pas que mon immeuble mette plus de poubelles jaunes à disposition des résidents. Non, je ne veux pas que la mairie organise plus de passages pour ramasser les poubelles. Le problème est autre. Plus profond. C’est le problème de notre société consommatrice qui promeut l’avoir face à l’être.

Posséder est devenu le symbole de la réussite d’une vie. Tout nous incite à acheter des objets, des choses dont nous n’avons pas réellement besoin, de la nourriture en excès, en permanence.

Acheter rassurerait. Beaucoup pensent qu’en achetant le dernier téléphone à la mode ou le sac en vogue ils seront plus heureux. Si on interrogeait ces personnes sur le niveau de bonheur avant et quelques semaines après cet achat, trouverait-on une augmentation ? Non, quelques semaines après, elles auraient oublié leur achat et auraient peut-être déjà remplacé le téléphone en question par le suivant. En revanche, on oublie plus difficilement un bon moment passé avec des personnes qu’on apprécie ou un bon livre, une chanson qu’on fredonne. L’être est une source de bonheur plus fiable que l’avoir.

Cependant, comment le faire comprendre aux consommateurs que nous sommes et que les médias tentent en permanence de convaincre de l’inverse, par la publicité, les émissions mettant en avant des personnes qui passent leur temps à se photographier et à poster des photos de leurs dernières tenues, voitures, de leurs nouveaux téléphones, etc. Ils ont l’air si heureux. Est-ce vrai ? Un sourire ultra blanchi sur une photo n’a jamais été preuve d’un indice de bonheur. Quasiment tout le monde a le réflex de sourire face à un appareil photo. C’est d’ailleurs une pratique qui n’existait pas jusqu’au début du XXème siècle (on peut l’observer sur les photos de famille de nos aïeux) et qui est devenue à la mode, avec les films, la publicité dans laquelle les protagonistes ont commencé à sourire pour mieux vendre les produits.

Pourquoi les médias ne mettent pas davantage en avant ce qui rend vraiment heureux ? Bien sûr, nous savons pourquoi. Mais il est bon de se le rappeler.

Il serait temps de nous montrer autre chose. Ce serait bien là une bonne action, bien plus que de nous encourager à recycler : nous encourager à ne plus acheter ou au minimum à moins acheter.

Evidemment, nous ne pouvons pas rendre les médias ou les politiques seuls responsables. Nous avons aussi notre part de responsabilité à ouvrir notre esprit et à réfléchir.

Aussi, la prochaine fois que vous remplirez vos poubelles de tri, peut-être vous ferez vous la réflexion de savoir si vous n’auriez pas pu soit ne pas acheter ce qui a généré ces déchets soit acheter quelque chose d’approchant et qui ne génère pas de déchet.

A vos réflexions

Bénédicte

3 réflexions sur “trier, cela vous satisfait ?

  1. Super ton coup de gueule Bénédicte ! J’ai transmis à mon fils Grégoire qui est revenu vivre à Colombes et qui s’occupe (avec d’autres) d’un projet de la mairie de création d’une coopérative locale ! Bises de Normandie Francine

  2. Effectivement, prendre conscience de ce que nous avons réellement besoin. Posséder moins mais mieux. Ce n’est pas franchement encore le programme du gouvernement en pleine préparation de plan de relance économique.
    Quel dommage.
    Et pourquoi diable les poubelles sont-elles si grandes? Pour nous permettre de les remplir à ras bord, bien évidemment!

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