un conte, pour changer

Un petit conte pour enfants (ou pas) sur le thème de la ville et qui s’inscrit, je pense, assez bien dans ce blog. Il a été publié dans le recueil qui a fait suite au concours sur le thème de la ville organisée à Colombes par les Editions épingle à nourrice. Sur le site, vous pouvez écouter d’autres contes lus.

conte la ville

Il était une fois une petite fille, pardon, une petite ville qui se nommait Rose, du fait que tous ses bâtiments avaient cette couleur pastel, y compris sa cathédrale.

Cette ville, c’est moi. On dit que je suis compliquée, parce que, dans mon cœur, il y a beaucoup d’impasses. Il arrive que les gens qui y pénètrent tournent en rond plusieurs heures durant, sans bien me comprendre.

Ils cherchent une issue sans jamais en trouver. Moi aussi, j’ai cherché et moi non plus, je n’ai pas trouvé.

Parfois, j’aimerais aller me balader ailleurs, voir du pays ou pourquoi pas partir à l’étranger, rencontrer d’autres villes.

Des villages aussi. Je ne suis pas sectaire et j’aime la différence. Si c’est plus petit ou plus gros que moi, c’est égal. Si leurs immeubles sont blancs, verts ou oranges, peu m’importe.

Ce qui me plairait, ce serait de discuter, de savoir comment ils vivent avec leurs habitants, parce qu’ici, ce n’est pas si facile.

Ils ne me respectent pas toujours, vous savez. Ils salissent mes trottoirs avec ce qui sort de leurs animaux qui marchent sur quatre jambes. Ils jettent des papiers dans mes rues, au lieu de les mettre dans ces petits coffres qu’ils ont installés partout.

Et quand vient l’été, ils font défiler des musiciens qui tapent à tue-tête sur les tambours ou qui soufflent comme des bourrins dans les trombones. Ils appellent ça des parades. Je pense qu’un jour, je deviendrai sourde.

Mais, je ne peux pas leur en vouloir, car, sans eux, ma vie serait bien vide.

 

Moi, je rêve d’être un aigle, un aigle-ville. Une ville volante.

J’emmènerais les rues, sans oublier les culs-de-sac du centre, les bords de route avec les immeubles et tous les tilleuls de la place de la mairie, les espaces verts et le petit chemin qui mène au lavoir, avec chacun de ses cailloux.

J’embarquerai mes citoyens, tous sans exception. Je n’oublierais pas le boucher grognon, ni le boulanger qui fait de la brioche si gourmande qu’il y a une file d’attente jusqu’à la chapelle du château.

Dans mon baluchon, je prendrais l’école de filles et l’école de garçons et les parents d’élèves.

Le châtelain, je ne sais pas, s’il ferait partie du voyage, car il a peur en avion. Sauf quand il emporte sa pince-monseigneur. Tout va bien, quand il l’a dans son cabas.

Je l’aime beaucoup, car il m’a sauvé la vie plus d’une fois.

Des promoteurs souhaitaient m’acheter en entier pour me détruire et construire à la place une grande zone avec de gigantesques boîtes en ferraille, moches, aux couleurs dépareillées, avec marqué dessus « hypermarché ». Dedans, ils mettraient des objets que les gens amèneraient dans leur maison.

Monsieur Baptiste a refusé. Il a réuni ma population et lui a dit de s’activer.

Ils ont encore fait une sorte de grosse fête avec des bombardes à casser les oreilles. Mais cette fois, j’étais contente. Cela signifiait qu’ils m’aimaient bien et qu’ils voulaient me protéger.

Cela m’a fait monter les larmes, mais pas trop, parce que le ruisseau a failli déborder.

 

Le plus important, c’est qu’on soit heureux pour longtemps, ensemble.

J’ai envie de voir des sourires à chaque coin de rue.

C’est pour cela que j’aimerais les remercier et les emmener où nous ne sommes jamais allés. Ils rencontreraient des italiens ou des chinois, si nous parvenions à atteindre ces contrées. Cela changerait leur idée sur les autres.

J’ai remarqué que, lorsqu’on a un nouveau venu, les anciens le regardent bizarrement. Ils parlent beaucoup entre eux, sans s’adresser à lui. Ils l’observent de loin et après plusieurs mois, ils sautent le pas et lui disent « bonjour » et cela s’enchaîne avec « bonjour, ça va ? ».

Enfin, ce n’est pas toujours si simple.

Le monsieur qui reste assis toute la journée devant la boulangerie, je ne vois jamais personne lui parler. Ils le regardent. Mais pas un mot ne sort de leur bouche.

J’ai l’impression qu’ils ont peur. Alors, moi, je voudrais qu’ils croisent les habitants d’autres villes et qu’ils comprennent qu’ils sont gentils comme eux, qu’ils ne doivent pas craindre de les côtoyer.

Peut-être on pourra faire des partenariats, échanger des idées et quand un de mes résidents aurait envie de partir en vacances, il saurait qu’il y a un lit pour l’accueillir dans n’importe quelle ville de n’importe quel pays. Vous croyez que c’est possible ?

Bénédicte

 

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