revue de lectures et pistes de réflexions

Sur ma table de chevet, en ce moment, on peut trouver trois livres :

Le petit livre du paillage et de la permaculture

Les raisons d’y croire de Maud Fontenoy

Pierre Rabhi Semeur d’espoirs

Trois livres bien différents. Le premier est un manuel expliquant ce qu’est le paillage, la différence avec le mulch et en quoi pailler est intéressant dans la culture des végétaux.

A titre personnel, j’utilisais du paillis uniquement par fainéantise pour ne pas avoir à désherber autour de mes plantations. Mais il se trouve que cette technique apporte bien plus et notamment comment rendre des terres infertiles arables.

Pour les cultivateurs professionnels également, cette manière de cultiver est, à coup sûr, une réponse intéressante.

le paillage

Suite au commentaire de Stéphanie, voici une vidéo pour compléter le propos :

Et un lien fort intéressant : http://permacultureetc.over-blog.com/

Le troisième livre est, en définitive, un prolongement de cette première lecture.

Un entretien avec Pierre Rabhi qui nous fait part de son expérience, des défis qu’il a dû relever pour mener à bien la mission qu’il s’était fixée contre tous ceux qui lui ont mis des bâtons dans les roues, qui se sont moqués de sa vision des choses et qui viennent aujourd’hui lui demander de diffuser sa parole plus largement sur la permaculture, sur le consommer mieux, sur l’inutilité de posséder toute sorte de biens (cela rejoint d’ailleurs une autre lecture achevée récemment et qui est à recommander : Vivre sans pourquoi d’Alexandre Jollien).

Pierre Rabhi Semeur

Le deuxième livre est tout à l’inverse. Mais c’est bon parfois de comprendre les raisonnements qui mènent à des pensées auxquelles on n’adhère pas.

Maud Fontenoy nous démontre, chiffres à l’appui, un certain nombre de ses convictions : pourquoi créer des puits pour forer le gaz de schiste permettrait de financer la recherche sur les énergies renouvelables.

Elle explique aussi pourquoi le diesel n’est pas si mauvais, selon elle, pourquoi c’est bien de cultiver des OGM, pourquoi les pesticides ne sont pas si nocifs sur les abeilles… le tout sur fond de « il ne faut pas brider l’innovation », « le principe de précaution empêche d’aller vers le progrès ».

L’innovation est assurément une bonne chose. Il sera difficile de me faire dire le contraire. Cependant, le discours dans ce livre n’est malheureusement pas nuancé, quoi qu’il soit répété à plusieurs reprises « ne faudrait-il pas nuancer un peu ? ».

Sur ce point, nous sommes d’accord. Il est important de nuancer et surtout d’avoir une vision plus large de ce qu’est l’innovation. Après un long laïus tendant à expliquer pourquoi elle est légitime à parler de ces sujets du fait de son expérience en mer, commence alors une plaidoirie pour chaque thème (OGM, pesticides, diesel, gaz de schiste…), pour démontrer que la population est grandissante et qu’il faut du rendement : il y a de plus en plus de déplacements, de plus en plus de gens à nourrir, il faudrait alors produire encore plus d’énergie, de légumes…

Produire, produire, produire. Il faut regarder « le monde tel qu’il est », nous dit-elle. Et répondre à la demande.

Pourtant, il existe d’autres innovations qui nous permettent de « regarder le monde tel qu’il est » et d’engager les personnes vers le mieux, sans aller vers plus de production énergétique, vers plus de production alimentaire.

Pourquoi ne parle-t-elle pas des 45% de fruits et légumes qui sont jetés avant même d’arriver sur l’étal du supermarché et de tout ce qui est jeté par les supermarchés avant la date de péremption ? Ah si, elle commence à en parler en page 133, sans faire le lien avec tout ce qu’elle dit avant, sans faire de rapprochement avec la consommation d’énergie.

Pourquoi ne  parle-t-elle pas des dates de péremption qui sont biaisées par les industriels ?

Pourquoi ne dit-elle pas que nous ne consommons déjà pas tout ce que nous produisons ?

Et l’innovation peut avant tout passer par là : une meilleure répartition des denrées alimentaires. Consommer mieux. Consommer déjà ce que nous produisons, avant de vouloir produire encore plus.

On en parle dans ce blog de l’innovation. Ce sont les applications qui permettent de consommer mieux, les organisations qui amènent à limiter la surproduction, à apporter les aliments là où le besoin se trouve, à ne pas laisser pourrir les fruits dans le jardin de son voisin qui n’a pas la force ou le temps de les ramasser, à partager son jardin etc, via des applications ou des sites internet.

Ce n’est pas de l’innovation, cela ? Si ! De l’innovation qui utilise des connaissances, des techniques anciennes pour les revaloriser.

Ce n’est qu’en fin de livre qu’elle commence à parler d’économie circulaire et de recyclage (sur trois pages), sans même faire le lien avec ce qu’elle a dit avant sur son souhait de produire plus. Ses contradictions ont fini par me donner un torticolis des neurones.

Maud fontenoy

Concernant les pesticides, on a du mal à comprendre si elle est pour ou contre. Ce ne serait pas nocif pour les abeilles, du moins pour deux pesticides retirés du marché. Quid des autres ?

Elle nous dit : « je ne suis pas en train de les défendre », puis ajoute « pouvons-nous dans le même temps refuser la création de plantes génétiquement modifiées (qui permettent de se passer de ces additifs), bannir l’utilisation de produits phytosanitaires et vouloir à profusion de jolis fruits et légumes en toutes saisons et à bas prix ? » et à partir de la page 129, elle commence à faire l’éloge de l’agriculture biologique et en page 137, elle reconnaît que l’eau est polluée par les pesticides et page 176, elle parle de leurs bienfaits.

Bref, c’est à n’y rien comprendre. On dirait un discours politique qui explique une chose et son contraire. Pourquoi ne propose-t-elle pas des idées pour justement ne pas avoir à produire à profusion avec une meilleure répartition des denrées ?

Et puis Maud Fontenoy a pour principe de dire dans ses raisonnements : oui, il y a des morts, mais pas autant que si… On est plutôt sur une logique du « prenons le moins pire » qui, pour ma part, ne me convient pas. Elle indique que « l’environnement est la cause d’environ 2% des cancers », mais elle trouve nécessaire de modérer ces chiffres en comparaison des cancers dus au tabac ou à l’alcool.

Difficile de comprendre cette logique de raisonnement, tout comme page 148 où elle précise qu’un tiers de la population mondiale n’a pas accès à l’eau potable et d’ajouter à la phrase suivante : « C’est grâce à l’énergie que nous avons réussi cette merveilleuse amélioration ». S’agit-il d’une coquille dans le texte ?

Tout cela est très approximatif malgré des chiffres en veux-tu en voilà. Comme cette partie sur les ondes électromagnétiques où elle affirme : « ces irradiations n’ont aucun effet nuisible ou nocif », citant un rapport de l’Agence Française de Sécurité Sanitaire de l’Environnement et du Travail.

Puis, elle dit qu’il n’y a pas plus de tumeurs chez les utilisateurs de mobiles, avant de proposer de « s’intéresser en priorité à la nocivité potentielle des téléphones plutôt qu’à celles des antennes ».

ondes

A bas le principe de précaution qui nous freine pour innover, nous dit Maud Fontenoy. Mais il faut savoir que le principe de précaution aide aussi à innover, car il implique de trouver des solutions alternatives.

Ces dernières années, la science a mis le doigt sur des dangers possibles (comme le bisphénol A dans les biberons). Cela a permis de faire d’autres recherches pour trouver des substituts (sur lesquels il faut, bien entendu, avoir du recul également).

La science a pointé du doigt notre consommation excessive d’antibiotiques qui, sur le long terme, rendent les bactéries de plus en plus résistantes. Il a d’ailleurs été démontré que l’on retrouve dans l’eau la présence d’antibiotiques que notre corps rejette, tout comme les hormones que nous avalons et qui créent des perturbations sur la faune aquatique, poissons qui peuvent se retrouver dans nos assiettes.

Et donc oui, à un moment, la science a amené ce progrès que sont les antibiotiques, mais leur surconsommation n’étant pas une bonne chose, il faut en modérer l’utilisation.

Il est vrai que le principe de précaution peut parfois être handicapant. Mais ne vaut-il pas mieux y réfléchir à deux fois plutôt que de se lancer à grande échelle dans des projets aussi sensibles que les OGM, par exemple.

Avec les OGM, on peut créer des produits qui vont être plus riches en fer, en vitamines ou autre et qui pourraient éviter les carences dans les pays pauvres, notamment en Afrique. Et cela, c’est fantastique. Oui, mais quelles sont les conséquences de jouer avec le génome sur le long terme.

A-t-on le recul nécessaire ? Et si c’est néfaste, on ne pourra pas tout effacer comme une gomme sur du crayon papier.

Quand on voit les reportages alarmant sur les porcs nourris aux OGM et chez qui les producteurs ont observé une recrudescence des malformations, par rapport au temps où ils étaient élevés sans OGM, il y a de quoi s’interroger.

Si c’est pour pallier à des carences alimentaires, en créant par ailleurs de plus grands drames de santé publique, il est sans doute une bonne chose de réfléchir avec mesure avant de nourrir les populations avec des OGM.

Quant à l’énergie dont Maud Fontenoy nous dit qu’il faut en produire encore plus et continuer à fond dans l’exploitation du pétrole et extraire le gaz de schiste pour financer la recherche sur les énergies alternatives dont elle nous explique, ensuite, qu’elle n’y croit pas puisque l’éolien et le solaire ne permettront, d’après elle, jamais de produire assez, pourquoi, ici encore, ne pas apporter une réflexion sous un autre angle ?

extraction pétrole

Et innover dans l’utilisation qui est faite de l’énergie actuellement ? Pourquoi ne pas réfléchir à l’innovation pour consommer mieux ? Ce n’est pas nouveau.

Nous savons que nous produisons trop d’énergie, que nous gaspillons. Eclairer les bureaux la nuit. Utiliser la climatisation en excès.

Des innovations se créent pour mettre en place des systèmes d’autorégulation de la chaleur à l’intérieur des maisons.

Et hier encore en me baladant dans les rues, je suis attristée de voir que l’on chauffe les terrasses ouvertes, à l’extérieur des cafés pour que les gens puissent s’attabler sur un trottoir, en automne et en hiver.

L’innovation n’est-elle pas ailleurs ? Des comportements se sont mis en place ces dernières années et qui vont à l’inverse du bon sens. L’innovation n’est-elle pas de trouver des alternatives pour aller dans un sens plus respectueux de la planète ?

Dans un prochain article, nous parlerons d’internet et de l’énergie que cela consomme, mais aussi de comment utiliser cette énergie, la recycler. L’innovation ne peut-elle passer par là ?

Consommer mieux, réutiliser, amener l’énergie là où elle est vraiment nécessaire et éviter de la gaspiller, avant même d’explorer de nouvelles sources d’énergie comme le gaz de schiste.

Ce qui d’ailleurs n’empêche aucunement de travailler en laboratoire, en cabinet d’ingénierie sur le gaz de schiste, sur les OGM, sur les vaccins etc.

Un point où je rejoins la navigatrice, c’est qu’en effet, l’opinion publique ne peut pas avoir autant de valeur que les résultats scientifiques et que les médias n’ont pas toutes les clés d’un point de vue scientifiques pour juger de tel ou tel fait.

En revanche, lorsqu’elle exagère la peur du chercheur de proposer une innovation par crainte de finir en prison, il convient d’être plus mesuré.

Innovation2

D’abord, le chercheur est rarement celui qui va mettre l’innovation sur le marché. Et le processus d’innovation passe systématiquement par ce que l’on appelle l’analyse des risques et qui se fait en interne du projet, au sein de l’entreprise.

Ce n’est pas lié à l’air du temps, à l’opinion publique ou à une quelconque décision gouvernementale, mais c’est inhérent à la construction d’un projet innovant. En faisant l’impasse sur cette étape indispensable en innovation, on peut tout faire et faire n’importe quoi.

Pourquoi, dans ce cas, ne pas l’envoyer sur Mars dans une navette et voir comment elle se débrouille sur place au nom de l’innovation ? Non, l’innovation, ce n’est pas un « truc » aléatoire, une idée qu’on lance et qu’on applique pour voir. Cela demande des évaluations, de la réflexion.

L’innovation ne mène pas forcément et obligatoirement à une application finale. On peut chercher, innover dans sa recherche, trouver, sans que jamais ce qui a été découvert ne soit exploité à grande échelle.

Maud Fontenoy semble lier l’innovation à une exploitation sur le terrain à grande échelle. Non, on peut faire de la recherche en labo, à petite échelle, juger déjà de ce que l’innovation peut impliquer et, en effet, décider de ne pas tout de suite l’appliquer à grande échelle, si on estime que l’on n’a pas assez de recul et que ce peu de recul pourrait mener à des conséquences dramatiques ou pas, mais des conséquences que l’on ne peut pas encore mesurer.

Et dans ce cas, oui, il est préférable de ne pas se lancer dans des projets d’une envergure telle que l’innovation pourrait mener à des situations dramatiques pour la planète et ses habitants, peut-être pas à court terme, mais peut-être dans des centaines ou des milliers d’années.

Et vous qu’en pensez-vous ?

Bénédicte

2 réflexions sur “revue de lectures et pistes de réflexions

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